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Abbé CAYERE

 

Paul Cayère (1892-1967)

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Ingénieur des Arts et Métiers et I.E.G Aix 1907

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“... La révélation n’introduit aucune solution de continuité dans notre vie intérieure, ni dans l’ordre de la connaissance, ni dans l’ordre de l’action car tous les commandements de le conscience droite sont déjà des commandements de Dieu...”
Gilson sur St- Thomas d’Aquin cité par P. Cayère.
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Les plus Anciens d’entre nous se souviennent d’écrits publiés aux alentours des années 1960 dans “La Machine Moderne”, périodique très lu par le milieu industriel. Tous ces écrits traitaient de Métrologie. Rédigés dans un style vif et clair, ils étaient signés : Abbé Cayère, Ingénieur Arts et Métiers et I.E.G, Directeur de l’École Libre d’Apprentissage de Grenoble.. Surprenante carte de visite révélatrice d’un parcours inhabituel alternant réussites enviables et renoncements déroutants.

     Peut-on être plus Grenoblois que Cayère qui naît en 1892 à Grenoble, rue Billerey, d’un père gantier ?... Distingué par ses premiers maîtres, il entre à l’École Vaucanson (la Vauc’s pour les familiers), “Temple” de l’Enseignement Technique où l’on cultive le travail manuel et le dessin industriel. Les méthodes y sont rigides, les professeurs exigeants et respectés.

     Dans cette institution sévère la filière de choix, réservée aux meilleurs, conduit à l’École des Arts et Métiers. Cayère la suit et il entre à l’École d’Aix-en-Provence 4° sur 112 admis. La formation qu’il y reçoit, est le produit d’une pédagogie basée sur les Sciences exactes, le Travail Manuel, et le Dessin Industriel. Cayère en sort 3°, plus porté par ses résultats dans le concret que par ses performances en littérature. Il débute à 18 ans à St-Etienne dans une entreprise construisant des moteurs thermiques. Son projet de fin d’études , un moteur à pétrole de 18 HP, a dû lui faciliter ses débuts (voir aussi le détail des soupapes).

     Au bout d’un an, il renonce à cet emploi. Il revient à Grenoble suivre les cours d’électrotechnique dispensés par l’I.E.G., Institut nouvellement créé pour y enseigner les technologies liées à la Houille Blanche. Il y trouve sa voie et un maître à penser : Barbillon, l’un des fondateurs de cette École. Celui-ci le remarque et le nomme, à ses cotés, professeur de mécanique. Il n’a pas vingt ans lorsqu’en 1911, il prend son premier Brevet sur les Régulateurs tachy-accélérométriques de turbines hydrauliques.

     À sa majorité civique 1912, il accomplit son service militaire dans les Équipages de la flotte. Il embarque à Toulon comme matelot-dessinateur sur le cuirassé “Paris”. C’est sur ce bâtiment affecté à la Mer Méditerranée, qu”il passera les deux premières années de la guerre de 1914. Il y découvrira une analogie frappante entre la régulation de la vitesse des turbines et de l’immersion des torpilles.

     En 1916, autre rupture, il se porte volontaire pour l’Aéronavale à ses débuts et devient pilote-bombardier associé au lieutenant de vaisseau Montagne. Choc intellectuel fructueux car Montagne, fin lettré (il sera plus tard professeur au Collège de France) fait découvrir à Cayère une autre forme de culture. Cayère lira Descartes, Spinoza, et d’autres... Et en collaboration, Cayère et Montagne, déposeront un Brevet de viseur de bombardement...

     Cayère n’a pourtant pas oublié ses chères turbines car en Juillet 1917, il a déposé un autre Brevet concernant un nouveau régulateur. Et lorsque la Marine le rend à la vie civile en 1919, il offre ses services à un fabricant de turbines Grenoblois, les Ateliers Neyret-Beylier-Piccard-Pictet (devenu plus tard Neyrpic). Il en devient l’année suivante Ingénieur en Chef. Commence alors pour lui une carrière brillante et fertile où sa rigueur technique s’exprime pleinement. Il passe pour “l’homme aux cent brevets”. Jusqu’à ce que Cayère, l’agnostique sinon l’athée qu’il se voulait, ressente l’appel irrépressible de Dieu . Il abandonne ses hautes fonctions, entre au Séminaire en 1924. Il est ordonné prêtre le 30 Juin 1930.

     Mais l’abbé Cayère, ne peut oublier sa formation de base, il en fait le pierre d’achoppement de son apostolat. En posant en 1935 le primat de la Métrologie dans l’apprentissage de la mécanique, il fonde ex nihilo et sans rien demander à personne, l’École Libre d’Apprentissage de Grenoble. Il en maintient l’activité pendant trois décennies, la faisant vivre comme une entreprise du produit de son activité. Et ce, tout en formant une quarantaine d’apprentis par an auxquels il apprend à progresser dans la perfection mécanique. Jusqu’à sa mort en 1967.

     On ne peut taire la Foi de Cayère. Malgré la crainte de froisser la conscience de ceux de nos Camarades qui ne la partageraient pas et pour qui, néanmoins, l’Abbé Cayère aurait eu une totale compréhension. Car sa Foi ne l’avait pas coupé du monde, en témoignent les publications techniques, très prisées des lecteurs et dont il était l’auteur.

     Lui, qui avait créé durant toute sa vie, était allé vers le Créateur, le Grand Architecte disait-il. Il en contemplait l’oeuvre dans la Nature, du grain de blé, aux Saisons , à l’Univers. Et il analysait cette oeuvre au travers des lois de la Mécanique qui lui étaient si familières.

Texte écrit par Jean Serres, Ai. 44 à partir de l’article publié dans la “Revue des Arts et Métiers du mois d’Octobre 1967”.
Planches et dessins extraits du livre “Paul Cayère - Ingénieur, Prêtre et Citoyen” de J Linossier Publié par les Archives Départementales de l’Isère. Ce livre est vendu par les anciens élèves de l'ELAG, 42 Rue M. Barrès, 38100 Grenoble.